Avec ce texte, nous souhaitons revenir sur la manifestation du 25 novembre dernier, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux personnes sexisées. L’Inter- organisation féministe, qui préparait la marche, avait fait le choix de proposer un parcours qui passait devant la prison des femmes, trajet que la Préfecture a interdit.
Les actions de la Préfecture ce jour-là témoignent d’un sexisme systémique au sein des instances de l’État. Il a pour but de nous empêcher de manifester notre soutien aux personnes incarcérées. L’État , dans chacune de ses représentations, nous renvoie un sexisme crasse et nous montre chaque jour, de son sommet jusqu’à ses racines, qu’il est contre nous. Par son président, Emmanuel Macron, qui soutient Gérard Depardieu en arguant qu’il rend fière la France ; par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, accusé de viol, qui continue tranquillement de mettre en place ses politiques racistes et sexistes ; par la Préfecture, ici, qui nous empêche de manifester notre solidarité aux femmes et personnes sexisées incarcérées ; par la répression de nos actions, de nos voix, par les injonctions au silence que nous subissons quotidiennement.
Contre tout cela, nous réaffirmons ici notre volonté de vivre des vies dignes, des vies sans sexisme, sans patriarcat, et ce peu importent les obstacles auxquels nous faisons face. Nous ne nous arrêterons pas aux interdictions de la Préfecture, et nous manifestons par ce communiqué notre soutien à toutes les personnes incarcérées qui n’ont pas pu entendre nos voix en Novembre. Nous sommes avec vous, nous ne vous oublions pas, nous nous battons à vos côtés.
S’il existe encore des féministes qui doutent de la pertinence d’un trajet passant devant la prison des femmes, qui se demandent pourquoi le féminisme est et doit être anticarcéral, nous rappelons ici ce que nous avons déjà dit lors de notre prise de parole, pendant la manifestation. La prison est un lieu où se produisent de nombreuses violences envers les femmes et dissident⋅e⋅s de genre. Les femmes trans emprisonnées sont souvent mégenrées et attaquées sur leur transition en prison, quand elles ne sont pas enfermées dans des prisons pour hommes. De manière générale, les femmes en prison subissent de manière exacerbée la solitude et la rupture des liens amicaux et familiaux, puisque ce sont elles qui assument le travail relationnel, c’est-à-dire l’entretien des relations sociales.
Or, il est quasiment impossible de réaliser ce travail lorsqu’on est enfermée, avec des moyens de communication réduits.
De plus, les matons sont souvent violents, misogynes, et puisqu’il est impossible de savoir ce qu’il se passe en prison, c’est un lieu qui favorise les violences. Car qui croirait un.e détenu.e ?
En prison, les droits humains les plus basiques sont bafoués : à la prison des femmes de Rennes, en 2023, il n’y a par exemple pas eu d’eau potable de disponible pour les détenues pendant plusieurs mois.
Nous affirmons que les prisons ne devraient pas exister, car elles reproduisent des violences sexistes, racistes et classistes. Mais tant qu’elles existeront, nous montrerons notre solidarité envers les détenu⋅e⋅s, car le féminisme ne se fera pas sans la libération de toustes !
En taule, dans la rue, chez nous :
libres ensembles ou pas du tout !
Extrait de pour elles toutes avant-propos par Gwenola Ridordeau
DATE ORIGINELLE DE PUBICATION ?
« Mon coeur se serre avec elles toutes qui ne disent rien. Celles qui ne disent rien parce que ça ne se fait pas, parce que la police n’a rien fait la dernière fois, parce qu’on ne les a pas crues lorsqu’elles étaient enfants, parce que ce n’est pas si grave et qu’il avait peut-être le droit. Celles qui ne disent rien car elles savent qu’on ne les croira pas, car elles sont trop tox’, trop vieilles, pas assez jolies, pas assez sexy, trop grosses, trop handicapées, pas assez féminines. Celles qui ne disent rien car elles ont peur qu’on ne les croie pas, parce qu’elles n’écrivent pas assez bien, parce qu’elles ne sont pas blanches, parce qu’elles ne se souviennent plus très bien.
Celles qui ne disent rien parce que c’est leur père, parce qu’il est policier, parce qu’il est riche et qu’il prendra un avocat, parce qu’il est français et qu’elles ne le sont pas. Celles qui ne disent rien parce qu’elles ont peur qu’on leur réponde qu’il n’y a pas idée de sortir la nuit, de sortir dans cette tenue, de sortir toute seule. Qu’il n’y a pas idée de boire, d’inviter un homme chez soi, d’aller sur un site de rencontres. Celles qui ne disent rien parce que « pourquoi le dire maintenant » ? Celles qui ne disent rien car elles se demandent si ce n’est pas un peu leur faute, celles qui ne disent rien parce qu’elles l’aiment. Mon cœur se serre avec elles toutes qui ne disent rien.
Mon cœur bat à l’unisson avec elles toutes qui luttent. Celles qui manifestent, s’enchaînent, tractent, hurlent, se réunissent, pétitionnent. Contre les viols, les violences domestiques, les mutilations génitales, le harcèlement de rue, les assassinats, les viols conjugaux, les viols punitifs, les homicides conjugaux. Elles toutes dont on fait si peu de cas parce que ce sont des femmes noires, des prostituées, des femmes trans, des lesbiennes, des femmes autochtones, parce qu’elles sont ouvrières ou parce qu’elles portent le voile, parce que ce sont des femmes.
Mon cœur bat à l’unisson avec elles toutes qui luttent. Mon cœur est en prison avec elles toutes. Celles pour qui c’était écrit, depuis la rue, depuis la came, depuis le trottoir, depuis les fugues. Celles pour qui c’était écrit parce qu’elles ne sont pas nées avec les bons papiers, le bon prénom, la bonne couleur de peau. Celles pour qui c’était un accident, mais qui n’ont pas eu le choix. Celles pour qui ce n’était pas écrit si elles avaient choisi un autre homme. Celles pour qui ce n’était pas écrit s’il était resté. Mon cœur est dans les centrales et les centres de rétention, dans les cellules des mitards et dans les cellules de garde à vue. Mon cœur est en prison avec elles toutes.
Mon cœur est devant les prisons et dans les parloirs avec elles toutes. Celles qui
attendent, celles qui sont fatiguées, celles qui sourient encore, celles qui sourient toujours, celles qui écrivent tous les jours, celles qui ont des frissons en pensant à leur premier parloir, celles qui râlent mais sont encore là, celles qui apportent le linge et envoient les mandats, celles qui ne reviendront peut-être plus, celles qui y croient encore et celles qui ne veulent plus attendre. Mon cœur est devant les prisons et dans les parloirs avec elles toutes.
Mon cœur les comprend elles toutes. Celles qui ne croient plus en la justice de leur pays, celles qui n’iront jamais voir la police parce que le Vél d’Hiv’, celles qui voudraient seulement que ça n’arrive pas à d’autres, celles qui préfèrent oublier, celles que la justice a laissées déçues, brisées, en colère ou malheureuses, celles qui ont pardonné, celles qui ont préféré écrire un livre, celles qui voudraient juste comprendre, celles qui diront toujours « la prison pour personne ». Mon cœur les comprend elles toutes«
Pourquoi défendons-nous un féminisme anticarcéral ?
Extrait de la prise de parole effectuée lors de la manif du 25 novembre 2023.
Ce texte, parlant des enjeux de la justice punitive, des keufs, et de la prison, on l’a écrit au titre de l’interorga féministe. On pense que c’est important de parler de ces sujets en tant que féministes, parce que c’est trop souvent des angles morts de nos luttes. Trop souvent, les seules propositions apportées pour régler des problèmes de violences sexistes et sexuelles sont de mieux punir les agresseur.ses. On pense qu’on a besoin de réfléchir plus précisément à ces sujets, et d’essayer de trouver des solutions plus efficaces, plus justes, plus humaines.
Il nous faut des solutions plus efficaces, parce que la taule, la justice punitive, ça ne marche pas pour contrer les VSS ! Le taux de récidive quand une personne sort de prison est élevé (31% des personnes sortant de prison récidivent dans les 12 mois selon le journal Le Monde). La prison ne permet pas de se former et d’avoir accès à des ressources pour comprendre les mécaniques sexistes et patriarcales qui ont poussé l’auteur.e d’agressions à les commettre. Envoyer les gens en prison, c’est cacher le problème, l’envoyer loin de nos yeux pour ne plus y penser.
Il nous faut des solutions plus efficaces aussi, parce que les keufs sont au mieux mal formé.es, au pire consciemment violents dans leur manière d’écouter les personnes qui subissent des VSS. Iels reçoivent les plaintes de façon désastreuse, ne mettent rien en place pour soutenir les victimes, les éloigner de leur conjoint violents, expliquer comment mettre en place un dossier judiciaire avec des preuves concrètes de violences. Sur 100 victimes de viols, pas même 10 ne vont aller porter plainte notamment à cause du traumatisme supplémentaire provoqué par la violence de la police. Sur ces 10 plaintes, à peine 1 amène à une condamnation. Et quelle condamnation ?
Car oui, la condamnation est inefficace : les mesures d’éloignement sont trop souvent ignorées, les violences continuent, voire s’intensifient, et on le répète : la prison n’amène pas les personnes autrices de violences à ne pas les reproduire, bien au contraire !
Mais on ne veut pas s’en arrêter à l’inefficacité. Même si les keufs, la justice punitive, la taule était efficace, ce ne sont pas des solutions viables ! Il nous faut des solutions plus justes ! Les keufs, la justice punitive, la taule, ne protège qu’une catégorie de la population : les femmes cisgenres, blanches, hétérosexuelles, de classe moyenne ou supérieure, valides. Les femmes trans ou personnes transféminines sont agressées par les keufs eux mêmes, mégenrées et attaquées sur leurs transition dès qu’elles essayent de prendre la parole. Les personnes non-blanches sont soit parfaitement ignorées, quand on ne les renvoie pas au fait que ca serait à cause de leur culture qu’elles subiraient des violences patriarcales.
Sans parler des personnes sans papier, qui sortent déjà d’un parcours ultra traumatique, mais ne peuvent même pas avoir accès à une forme de justice une fois installées. Les personnes handi subissent non seulement bien plus de violences patriarcales, mais en plus la réponse institutionnelle est catastrophique ! Les keufs demandent à la personne qui veut porter plainte de trouver un interprète LSF si iel est sourd.e, ou parfois même de « mimer leur viol ».
La liste des violences spécifiques est encore bien trop longue, mais l’enjeu pointé est le suivant : ce sont les catégories les plus privilégiées qui peuvent bénéficier de la justice punitive.
Mais il est important aussi de regarder l’autre face, celle des condamné.es : sur les enjeux de VSS, les statistiques sont accablantes : un mec racisé a 6 fois plus de chances, pour le même acte avec la même quantité de preuve, d’être condamné pour des faits de VSS. Leurs condamnations sont souvent plus longues, plus dures puisque moins d’accès à de la thune dans la prison, et parce que les matons sont bien plus violents avec eux. Les personnes handi psy sont quant à eux non pas condamnés, mais enfermés dans des hôpitaux psy sans droits ni protections aucune ! D’ailleurs, la psychiatrisation des femmes est un enjeu spécifique : elles sont bien plus souvent envoyées en HP que les hommes cis, mais aussi bien plus sous traitement sédatif imposé. La justice punitive est profondément injuste dans les personnes qu’elle protège, et dans les personnes qu’elle condamne. […]
Il nous faut des solutions plus humaines ! C’est pas tolérable de faire subir autant de violences en permanence à des personnes enfermées, quel que soit leur tord, leurs agressions ! C’est pas tolérable qu’à la prison des femmes de Rennes, l’accès à l’eau potable a été impossible pendant des mois l’an dernier ! C’est pas tolérable de laisser des personnes trans en isolement pendant tout le temps de leur condamnation, soit disant
pour les protéger, alors même que les matons eux mêmes les agressent. C’est pas tolérable qu’iels soient enfermé.es selon leur sexe biologique et pas administratif. C’est pas tolérable de faire travailler pour 2€ de l’heure des gens (sans quoi il est très difficile de survivre parce que la taule, ça coûte cher). C’est pas tolérable que les matons agressent en permanence les détenu·es, par des fouilles à nu, des lynchages, des humiliations. C’est pas tolérable que les détenu·es enfermé·es dans des cages à lapins s’agressent tant la pression est forte, tant la violence est là partout, tout le temps ! C’est pas tolérable que les personnes handis psy soient sous psychotropes tout le temps, enfermé.es voire camisolé.es.
Et pour ce qui est des prisons des femmes, les enjeux spécifiques sont tout aussi désastreux : Les fouilles intimes subies en prison s’apparentent à des agression sexuelles banalisées. Les psychotropes sont administrés en plus grande quantité aux prisonnières féminines qu’aux prisonniers masculins. Le milieu carcéral n’est pas épargné par les VSS. Il y a des cas où des membres du personnel carcéral masculin ont fait subir des violences physiques, des agressions sexuelles, des viols, à des prisonnières. Leur position d’autorité quasi absolue leur permet de confisquer des biens, ou accorder/ retirer des privilèges pour obtenir des rapports sexuels non consentis. Et en situation d’enfermement, quels recours peuvent avoir des prisonnières dont la parole est ignorée ?
En plus de ca, une femme en prison a nettement moins de chances d’avoir du soutien de l’extérieur, ce qui rend la prison encore bien plus dur a vivre. […] Bref, la justice punitive est injuste, inefficace, et profondément inhumaine ! On ne pourra jamais réformer l’enfermement, la violences des keufs, le racisme, le sexisme, les LGBTphobies ancrées dans la justice punitive. Alors il faut changer de système ! Il nous faut sortir du système carcéral, pour aller vers une justice plus efficace, plus juste, plus humaine. Le fait de produire des violences ne doit pas amener à perdre son statut d’humain, ses droits, sa dignité. D’ailleurs, ce ne sont même pas les attentes des victimes d’agression. Souvent, les besoins sont bien plus d’obtenir réparation, de faire en sorte que la personne ne reproduise plus ces actes, de prendre soin de soi pour regagner en confiance et en stabilité. La vengeance, l’envie de punition, arrivent bien après.
Nous voulons porter un féminisme anticarcéral, et nous voulons porter d’autres solutions, les créer ensemble, les expérimenter au sein de nos milieux ! Nous voulons pratiquer d’autres formes de justice, comme la justice transformatrice, qui permettent à la fois aux personnes qui ont subi des agressions de s’en sortir au mieux, à la fois aux personnes qui ont produit des agressions d’évoluer sur le sujet et de ne plus refaire ce genre de violence. Nous ne voulons pas compter sur les prisons, sur la punition, pour faire évoluer la société, elle ne peut pas le faire ! Nous voulons un monde où chaque personne peut vivre libre, digne, et ça ne passera pas par l’abandon et la déshumanisation des personnes qui ont eu des comportements, si horribles soient ils !
En taule, dehors, chez nous : libres ensemble ou pas du tout !
Rennes contre les violences carcérales — Crève la taule et l’enfermement !
Ce mois-ci à rennes, l’interorga contre les violences carcérales a organisé une manifestation et plusieurs ateliers, autour de la journée nationale contre les violences carcérales du 28 mai, journée initiée par najet kouaki, mère d’idir mederess, tué en taule à lyon.
La journée du 28 a permis de réaliser 2 parloirs sauvages : un à la prison des femmes, et un au centre de rétention administrative. des prises de paroles et lectures de lettre ont également permis de relayer la parole des détenu.e.s en tant que collectif, nous participons à l’interorga contre les violences carcérales, et c’est pour cela qu’on vous invite à un atelier samedi 3 juin, 17h-19h dans les locaux d’ISKIS* atelier sur les violences carcérales et lgbtiphobes on parlera des lgbtiphobies dans les milieux anticarcéraux, de la dépossession de nos vécus lors des procédures judiciaires, et enfin de la matérialité des violences carcérales pour les perosnnes LGBTI+
*accessibles pour les personnes à mobilité réduite
ON REPARTAGE AUSSI LE TEXTE D’APPEL À LA
MANIFESTATION
Journée nationale contre les violences carcérales
Cette journée existe pour donner la parole aux taulards et taulardes, à leurs proches qui se tapent les portiques et les parloirs,à toutes ces personnes que la police envoie au placard.
Dans les manifs, dans les quartiers, ou encore ailleurs on voit la police insulter, frapper, mutiler, tuer. Mais qui voit ce qu’il se passe après ? Après que les juges et leurs préjugés te jettent au placard?
Cette journée est là pour dénoncer, faire entendre la parole des
enfermé·es.
La prison, c’est un cimetière ! Une mort tous les trois jours. Et dire que certain·es pensent que la prison c’est le « Club Med » alors que les suicides y sont 7 fois supérieurs à la normale. Et au Quartier Disciplinaire, le mitard, c’est encore 7 fois plus de suicides. C’est pour ça qu’on veut l’ABOLIR.
Parce que trop de personnes y sont mortes. Idir Mederess, 22 ans ! Les maton’ne’s l’ont tué, 2 semaines avant sa sortie. Ils disent « un suicide », une « mort suspecte », nous disons un meurtre. Najet Kouaki, sa mère, veut faire éclater la vérité. Elle a rejoint le Réseau Entraide Vérité et Justice, pour lutter aux côtés de Awa Gueye, de Farid El Yamni, Fatou Dieng, et de toutes les familles qui ont décidé de dire STOP AUX VIOLENCES D’ÉTAT ! STOP A L’IMPUNITÉ ! ON VEUT LA VÉRITÉ.
A Rennes aussi, la prison tue. Les maton’ne’s, se comportent comme des nazillon’ne’s. Ils ont laissé Maxime Rekik agoniser pendant des heures. Ils ont tabassé Abdallah M. Et ce n’est pas qu’une question de « mauvais.es maton’ne’s ». Dans toutes les prisons, l’administration couvre les violences. A Saint-Brieuc, Sacha, 18 ans, a supplié pour sortir du mitard, le directeur n’a rien fait. Sacha s’est suicidé. Ses parents en deuil n’ont rencontré que le mépris de l’administration… Si l’on rajoute à ça l’insalubrité, la promiscuité, l’eau contaminée, etc.. On a la recette du complexe pénitentiaire .
Le vrai danger, c’est eux. Ils enferment pour dominer la
société. T’as volé des milliards, c’est OK. T’as volé un poulet, t’es condamné’e.
Les plus chanceux-ses bossent, mais pas de Code du Travail, ni de retraite en vue. Iels sont payé·es une misère et ce sont les multinationales qui font du bénef. Ils appellent ça « réinsertion », à croire qu’être exploité’e, c’est tout ce qui nous attend dehors. Parce que oui, après la taule, t’as encore moins de chances de t’en sortir. Déjà que la grande majorité des enfermé·es sont issu’es des milieux ouvriers.
Mais le plus beau en prison, c’est quand les prisonnier’ères se défendent et luttent pour leurs droits. Il faut qu’iels se battent pour le moindre droit en taule, sinon on leur prend tout, jusqu’à leur dignité, leur santé, leur vie. A Vezin, comme partout, il faut ruser pour faire rentrer les téléphones et de quoi fumer. Au QSL (Quartier de Semi-Liberté) ils dénoncent l’insalubrité et les mensonges des autorités. Au CPF (Centre Pénitentiaire pour Femme), elles se serrent les coudes.
Dans les CRA (Centres de Rétention Administrative), les personnes exilé’es luttent aussi. Pour éviter la déportation, elles sont prêtes à êtres envoyées en prison, à entrer en grève de la faim ou même à se mutiler. La seule raison pour laquelle elles sont en taule, c’est parce qu’elles n’ont pas les bons papiers. Force à elles et eux !
Et dans les HP (Hôpitaux Psychiatriques), de plus en plus d’usager·ères s’organisent et dénoncent les violences : isolement, cachetons, contention, soins forcés. Moins de soins, plus de violence, ça coûte moins cher. Et si tu sors te balader, la police est là pour te tuer. Comme à Guillaume Régnier le 6 juin dernier où un homme de 56 ans s’est évadé. La police a été rapidement alertée et l’a pris en chasse. Il s’est jeté du pont Vàclav Havel pour les fuir et s’est noyé dans la Vilaine.
Bref, la prison c’est pas bon, surtout si t’es noir’e, arabe, musulman’e, pauvre, handi’e, en détresse psychologique, trans, LGBTI+, révolutionnaire ou énervé·e, que tu parles pas bien français ou que t’as pas les bons papiers.
Dans le silence, chaque jour, c’est plus de 75 000 frères, sœurs, ami·es, maris, filles, pères et mères qui y croupissent. Et Macron veut encore en construire d’autres ! Ils appellent ça Plan 15 000.
FAUT ARRÊTER ÇA ! BRISONS LE SILENCE !
Si tu connais déjà la prison ou que tu t’interroges quant au sort qui est réservé aux personnes incarcérées, rejoins nous le 28 MAI pour que l’on lutte tous-tes ensemble contre les violences carcérales !
Pourquoi la FRAP se positionne contre le call-out (systématique)
L’idée derrière le « Call-Out » vient de l’intention de dénoncer, de façon publique, un
comportement qui est jugé comme problématique. Le but, pour celleux utilisant ce moyen de dénonciation publique, est notamment de faire en sorte que la personne agresseur·euse soit « effacé·e » ou « évincé·e » du milieu dans lequel le call out est effectué et que cette dernière ne puisse plus, en théorie, nuire à d’autres personnes de ce milieu.
Si nous ne nions pas que cet outil peut parfois être pertinent, nous constatons néanmoins que ce qui était un simple outil est devenu, bien trop souvent, un processus systématique permettant d’épurer nos milieux militants sans qu’il y ait plus de réflexions sur les conséquences que cela peut avoir.
Or, à la FRAP, nous souhaitons sortir des sillions de la justice punitive ; dès lors nous ne pouvons que remettre en question cet outil très utilisé et nous nous opposons à son
usage systématique au sein des sphères militantes. A comprendre que, généralement, la seule réponse proposée dans la gestion des personnes agresseur·euse·s est le call out et l’exclusion des personnes en question. Or s’interroger sur le bien-fondé de cette utilisation fait partie prenante de la volonté de mettre en place des outils et des modes d’organisations efficaces, afin de ne pas reproduire un système que nous cherchons à
détruire.
Accepter le call out systématique revient aussi à nier ce que peut engendrer la justice punitive, autant pour la personne visée que pour les personnes qui pourraient croiser sa route. Or, comme elle nous le prouve chaque jour, la justice punitive est inefficace. Elle ne réhabilite pas et ne répare rien, au contraire, elle maltraite, isole et détruit les personnes inculpé·e·s en les maintenant au banc de la société et en les poussant vers la récidive ; tout en ne proposant rien d’autre qu’un maigre soulagement aux personnes victimes. En outre,nous constatons que, tout comme nous ne sommes pas toustes égaux devant notre système judicaire (qui reproduit des systèmes de dominations racistes et queerphobes notamment), la gestion des personnes agresseur·euse·s par le call out
systématique tend à les reproduire elle aussi.
Ainsi, nous avons tout intérêt à gérer collectivement les situations qui appelleraient à un call out systématique. Parce qu’en effet ce n’est pas en niant qu’il puisse y avoir une gestion à faire, et en évinçant une personne d’un milieu, que ladite situation disparait. Pire, la situation problématique a d’autant plus de raison de se reproduire puisque la personne passe sous les radars, dénuée d’outils, de soutiens ou d’accompagnements qui puisse assurer d’un changement de comportement.
Notons aussi que la notion de call out est rattachée à une forme d’essentialisme, comme si seules certaines personnes spécifiques étaient par nature destinée à être des agresseur·euse·s et à le rester jusqu’à la fin de leurs jours. Cela revient à nier que nous pouvons toustes être victimes d’agression et agresseur·euse·s au cours de notre vie et que ces agressions ne sont pas que le fruit de responsabilités individuelles, mais aussi le produit de systèmes de dominations.
Cependant, dire cela ne doit en rien minimiser les actes qui peuvent être commis, de manière involontaire ou non, cela ne les rend pas moins problématique et cela ne nie en rien l’impact que ces actes peuvent avoir sur celleux qui en sont victimes. Dire cela permet en revanche de réfléchir différemment à ces questions et d’essayer d’utiliser d’autre levier que ceux de la punition (souvent inefficace) pour que les agressions ne se produisent plus.
Nous ne souhaitons pas militer dans l’entre-soi, dans le « cocon » safe que l’on peut voir dans beaucoup de sphères militantes. Evoluer dans un monde militant qui fait peser une épée de Damoclès sur toustes (ici représenté par la menace d’un call out), qui peut alors retomber sur chacun·e à chaque parole mal formulée, n’est pas ce que nous souhaitons, car nous ne faisons alors que reproduire ce contre quoi nous prétendons lutter (notamment la justice punitive). En outre, l’idée selon laquelle un « espace safe » pourrait être créé, grâce à l’utilisation systématique du call out, est un mensonge collectif qui met sous le tapis et nie de nombreux problèmes qui traversent le militantisme.
Si le sujet du call out et son re-questionnement systématique vous intéresse, un protocole de gestion des agressions et micro-agressions en milieu militant est disponible sur notre site. Ce protocole est le fruit de la rencontre entre le CRAC (Collectif Rennais Anti-Carcéral) et la FRAP, pour pouvoir proposer d’autres solutions que la justice punitive comme seule voie.
Nous désirons trouver d’autres outils, créer des nouvelles manières de gérer nos propres organisations et notre propre « justice », en espérant vous y retrouver avec nous. Parce que l’on ne réussira pas à détruire ce système en utilisant les couteaux qu’il dirige contre nous, construisons de nouvelles armes.
