Avec ce texte, nous souhaitons revenir sur la manifestation du 25 novembre dernier, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux personnes sexisées. L’Inter- organisation féministe, qui préparait la marche, avait fait le choix de proposer un parcours qui passait devant la prison des femmes, trajet que la Préfecture a interdit.
Les actions de la Préfecture ce jour-là témoignent d’un sexisme systémique au sein des instances de l’État. Il a pour but de nous empêcher de manifester notre soutien aux personnes incarcérées. L’État , dans chacune de ses représentations, nous renvoie un sexisme crasse et nous montre chaque jour, de son sommet jusqu’à ses racines, qu’il est contre nous. Par son président, Emmanuel Macron, qui soutient Gérard Depardieu en arguant qu’il rend fière la France ; par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, accusé de viol, qui continue tranquillement de mettre en place ses politiques racistes et sexistes ; par la Préfecture, ici, qui nous empêche de manifester notre solidarité aux femmes et personnes sexisées incarcérées ; par la répression de nos actions, de nos voix, par les injonctions au silence que nous subissons quotidiennement.
Contre tout cela, nous réaffirmons ici notre volonté de vivre des vies dignes, des vies sans sexisme, sans patriarcat, et ce peu importent les obstacles auxquels nous faisons face. Nous ne nous arrêterons pas aux interdictions de la Préfecture, et nous manifestons par ce communiqué notre soutien à toutes les personnes incarcérées qui n’ont pas pu entendre nos voix en Novembre. Nous sommes avec vous, nous ne vous oublions pas, nous nous battons à vos côtés.
S’il existe encore des féministes qui doutent de la pertinence d’un trajet passant devant la prison des femmes, qui se demandent pourquoi le féminisme est et doit être anticarcéral, nous rappelons ici ce que nous avons déjà dit lors de notre prise de parole, pendant la manifestation. La prison est un lieu où se produisent de nombreuses violences envers les femmes et dissident⋅e⋅s de genre. Les femmes trans emprisonnées sont souvent mégenrées et attaquées sur leur transition en prison, quand elles ne sont pas enfermées dans des prisons pour hommes. De manière générale, les femmes en prison subissent de manière exacerbée la solitude et la rupture des liens amicaux et familiaux, puisque ce sont elles qui assument le travail relationnel, c’est-à-dire l’entretien des relations sociales.
Or, il est quasiment impossible de réaliser ce travail lorsqu’on est enfermée, avec des moyens de communication réduits.
De plus, les matons sont souvent violents, misogynes, et puisqu’il est impossible de savoir ce qu’il se passe en prison, c’est un lieu qui favorise les violences. Car qui croirait un.e détenu.e ?
En prison, les droits humains les plus basiques sont bafoués : à la prison des femmes de Rennes, en 2023, il n’y a par exemple pas eu d’eau potable de disponible pour les détenues pendant plusieurs mois.
Nous affirmons que les prisons ne devraient pas exister, car elles reproduisent des violences sexistes, racistes et classistes. Mais tant qu’elles existeront, nous montrerons notre solidarité envers les détenu⋅e⋅s, car le féminisme ne se fera pas sans la libération de toustes !
En taule, dans la rue, chez nous :
libres ensembles ou pas du tout !
