Pourquoi la FRAP se positionne contre le call-out (systématique)

L’idée derrière le « Call-Out » vient de l’intention de dénoncer, de façon publique, un
comportement qui est jugé comme problématique. Le but, pour celleux utilisant ce moyen de dénonciation publique, est notamment de faire en sorte que la personne agresseur·euse soit « effacé·e » ou « évincé·e » du milieu dans lequel le call out est effectué et que cette dernière ne puisse plus, en théorie, nuire à d’autres personnes de ce milieu.

Si nous ne nions pas que cet outil peut parfois être pertinent, nous constatons néanmoins que ce qui était un simple outil est devenu, bien trop souvent, un processus systématique permettant d’épurer nos milieux militants sans qu’il y ait plus de réflexions sur les conséquences que cela peut avoir.

Or, à la FRAP, nous souhaitons sortir des sillions de la justice punitive ; dès lors nous ne pouvons que remettre en question cet outil très utilisé et nous nous opposons à son
usage systématique au sein des sphères militantes. A comprendre que, généralement, la seule réponse proposée dans la gestion des personnes agresseur·euse·s est le call out et l’exclusion des personnes en question. Or s’interroger sur le bien-fondé de cette utilisation fait partie prenante de la volonté de mettre en place des outils et des modes d’organisations efficaces, afin de ne pas reproduire un système que nous cherchons à
détruire.

Accepter le call out systématique revient aussi à nier ce que peut engendrer la justice punitive, autant pour la personne visée que pour les personnes qui pourraient croiser sa route. Or, comme elle nous le prouve chaque jour, la justice punitive est inefficace. Elle ne réhabilite pas et ne répare rien, au contraire, elle maltraite, isole et détruit les personnes inculpé·e·s en les maintenant au banc de la société et en les poussant vers la récidive ; tout en ne proposant rien d’autre qu’un maigre soulagement aux personnes victimes. En outre,nous constatons que, tout comme nous ne sommes pas toustes égaux devant notre système judicaire (qui reproduit des systèmes de dominations racistes et queerphobes notamment), la gestion des personnes agresseur·euse·s par le call out
systématique tend à les reproduire elle aussi.

Ainsi, nous avons tout intérêt à gérer collectivement les situations qui appelleraient à un call out systématique. Parce qu’en effet ce n’est pas en niant qu’il puisse y avoir une gestion à faire, et en évinçant une personne d’un milieu, que ladite situation disparait. Pire, la situation problématique a d’autant plus de raison de se reproduire puisque la personne passe sous les radars, dénuée d’outils, de soutiens ou d’accompagnements qui puisse assurer d’un changement de comportement.

Notons aussi que la notion de call out est rattachée à une forme d’essentialisme, comme si seules certaines personnes spécifiques étaient par nature destinée à être des agresseur·euse·s et à le rester jusqu’à la fin de leurs jours. Cela revient à nier que nous pouvons toustes être victimes d’agression et agresseur·euse·s au cours de notre vie et que ces agressions ne sont pas que le fruit de responsabilités individuelles, mais aussi le produit de systèmes de dominations.

Cependant, dire cela ne doit en rien minimiser les actes qui peuvent être commis, de manière involontaire ou non, cela ne les rend pas moins problématique et cela ne nie en rien l’impact que ces actes peuvent avoir sur celleux qui en sont victimes. Dire cela permet en revanche de réfléchir différemment à ces questions et d’essayer d’utiliser d’autre levier que ceux de la punition (souvent inefficace) pour que les agressions ne se produisent plus.

Nous ne souhaitons pas militer dans l’entre-soi, dans le « cocon » safe que l’on peut voir dans beaucoup de sphères militantes. Evoluer dans un monde militant qui fait peser une épée de Damoclès sur toustes (ici représenté par la menace d’un call out), qui peut alors retomber sur chacun·e à chaque parole mal formulée, n’est pas ce que nous souhaitons, car nous ne faisons alors que reproduire ce contre quoi nous prétendons lutter (notamment la justice punitive). En outre, l’idée selon laquelle un « espace safe » pourrait être créé, grâce à l’utilisation systématique du call out, est un mensonge collectif qui met sous le tapis et nie de nombreux problèmes qui traversent le militantisme.

Si le sujet du call out et son re-questionnement systématique vous intéresse, un protocole de gestion des agressions et micro-agressions en milieu militant est disponible sur notre site. Ce protocole est le fruit de la rencontre entre le CRAC (Collectif Rennais Anti-Carcéral) et la FRAP, pour pouvoir proposer d’autres solutions que la justice punitive comme seule voie.

Nous désirons trouver d’autres outils, créer des nouvelles manières de gérer nos propres organisations et notre propre « justice », en espérant vous y retrouver avec nous. Parce que l’on ne réussira pas à détruire ce système en utilisant les couteaux qu’il dirige contre nous, construisons de nouvelles armes.