Dans un monde patriacal, cishétéro, blanc valid, nos droits ne sont jamais acquis.
Prise de paroles faite à l’occasion de la manifestation du 28 mai contre l’offensive transphobe.
Quoiqu’il se passe au Sénat ce soir, cette loi qu’elle passe ou non, qu’elle soit retoquée ou non par le conseil constitutionnel à cause des problèmes d’accès au droit qu’elle pose. Cette loi n’est que le début, et nos droits ne sont pas acquis.
Chaque année, à mesure que l’extrême droite et ses idées mortifères gagnent du terrain, les idées transphobes, homophobes, queerphobes se répandent un peu plus chaque jour dans les médias et dans les esprits.
Il y a plus de dix ans, ce qui était alors l’UMP se battait contre le mariage tous, en 2016 contre la dépsychiatrisation des parcours trans, aujourd’hui avec leurs amis idéologiques du RN, ils s’attaquent à nouveau à nos existences, comme ils s’attaquent aussi au droit de toutes les femmes. Certes, la droite et l’extrême droite se confondent de plus en plus, mais les réactionnaires n’ont jamais considérés nos victoires comme des droits légitimes et ils lutteront toujours contre, tout comme ils luttaient jadis contre le PACS et l’accès au soin les personnes sidaïque. Tout comme ils mettront toujours en avant la famille traditionnelle, les racines chrétiennes de la douce France et la soi-disant protection de l’enfance.
Ce qu’ils font en réalité, c’est lutter contre nos existences mêmes. Le modèle social qu’ils souhaitent c’est un monde patriarcal, cishétéro, blanc, valide, et nous serons toujours une épine dans leur pied.
Nos droits ne seront jamais acquis parce qu’ils ne peuvent pas l’être dans un monde capitaliste qui préférera toujours le profit et la norme, à la liberté et aux respects de toustes. Ils ne seront jamais acquis dans des États impérialistes et racistes dont la puissance dépend des ressources qu’ils s’approprient et des corps qu’ils brisent. Ils ne seront jamais acquis quand nos gouvernants préfèrent faire quelques économies sur la santé de toustes, et notamment des plus précaires, plutôt que de taxer ceux qui privatisent le monde.
Pire, aujourd’hui notre ennemi ce n’est pas que le capital, mais bien son alliance avec le fascisme. Ici comme ailleurs, nos États deviennent de plus en plus autoritaires, ils précarisent toujours plus, cassent les acquis sociaux durement gagnés par nos aînés. Ils détruisent les corps intermédiaires, criminalisent la gauche, tente de mettre au pas les associations et collectifs militants et devant la résistance de celleux qui sont opprimé.e.s déploient une répression toujours forte pour maintenir leurs assises.
L’alliance de la macronie avec l’extrême-droite n’est une surprise pour personne, seul ce duel fabriqué de toute pièce leur permet de se maintenir au pouvoir. Mais plus cet pseudo-opposition se met place, plus la droite adhère à toutes les idées fascistes.
Chaque jour, sur leur plateau bourgeois, ils discutent grand-remplacement, débattent de ce qu’est selon eux une homme ou une femme, se questionnent sur la culture des non-blancs et leur capacité à vivre avec, réfléchissent à comment mater une jeunesse qu’ils ne comprennent pas et qui n’adhèrent pas à leurs valeurs, en somme se pensent expert de tout dans leur entre-soi et dénigrent tout ce qui ne leur ressemblent pas.
Nos droits ne seront jamais acquis. Aujourd’hui nous voyons une attaque sans précédent sur les droits des personnes trans, hier nous avons vu la normalisation des idées de l’extrême droite dans un texte raciste mal nommé « asile et immigration ». Demain l’IVG, qui a été constitutionnalisé avec difficulté, pourrait être facilement attaqué en coupant les financements des structures qui le permettent. Sans parler des nouvelles lois précarisantes déjà annoncées pour en finir avec le droit du travail et le droit au chômage. Pourquoi parler de tout cela ? Car c’est lié. C’est bien le terme « Grand Remplacement » qu’utilisent Stern et Moutot pour vomir leur idées transphobes et complotistes où les femmes trans remplacerait les »vrais femmes ». C’est bien les valeurs de la France qui sont opposées à la soi-disant propagande LGBT, tout comme était opposé à « me too » la culture de la galanterie à la française. C’est bien aussi sur des médias d’extrême droite que les figures transphobes vont majoritairement en mêlant ces questions à celles du racisme.
Bref, les réactionnaires de tout bord, dont les transphobes et les fascistes marchent ensemble, main dans la main, et ce depuis des décennies. La question comme toujours est :
Que fait-on ?
A la FRAP, nous croyons à l’organisation, nous pensons qu’il est nécessaire de construire un front commun contre la transphobie et les queerphobies, contre le patriarcat, contre le fascisme, contre le racisme. Nous sommes presque au mois de juin, nous savons bien qu’un mouvement social d’ampleur ne va pas prendre tout de suite, mais nous devons pour la rentrée et pour les prochains mouvements qui arrivent : faire du lien entre nous, penser et faire vivre les espaces d’organisation, sortir de notre isolement et de notre sentiment d’impuissance, nous entraider et développer les solidarités.
Il est également nécessaire d’aller chercher nos allié-es, partout, y compris au delà de nos cercles militants et politiques ou affinitaires. Parlons aux personnes cis, parlons aux organisations féministes et antipatriarcales, parlons aux orgas de jeunesse, aux syndicats de l’éducation, au monde du travail et aux travailleurses, notamment dans les domaines de la santé. Établissons ainsi le rapport de force contre les réactionnaires. Exigeons de nos allié-es qu’iels soient effectivement des allié-es, mais ne nous coupons pas non plus de leur soutien. Car nous n’arriveront à rien si nous restons seul-es et marginal’aux.
Utilisons aussi les prides, notamment celle de Rennes le 15 juin, pour faire une démonstration force contre les fascistes et les réactionnaires.
Surtout, organisons-nous ensemble pour non seulement préserver nos droits, mais pouvoir en gagner de nouveau et construire une autre société.
